Je ne puis te sauver, pardonne-moi m'amour.
Seul, contre eux tous je ne puis qu'immoler mes jours
Dans un combat perdu, mené pour ton honneur.
Mais je le fais déesse, et j'y mets tout mon cœur :
Tes autels sont trop saints pour que ton cavalier,
Quand le profanateur s'en vient te mésallier,
Ose se réserver ou se montrer soudain
Avare de sa vie ! D'un noble paladin
Ce serait abdiquer l'honneur et l'écarlate !
Ce ne sont ni peur ni couardise qui m'abattent,
Mais plutôt les excès de ces marées d'armées,
Car je n'ai que ma foi, mon amour enflammé !
Mourir pour toi m'amie, ma terre, ma Douce France,
C'est une idée de fleur, la plus tendre fragrance.
Largesse du destin, outrance de fortune !
Mourir pour toi m'amie, cygne des clairs de lune !
Je ne pourrais souffrir qu'ils bafouent ta vertu,
Débauchent ta blancheur, lys que tu as revêtu,
Qu'ils souillent l'aubépine et ton aube de mai,
Non, non, jamais, jamais, ô virginale aimée,
Je ne le souffrirai ! Qu'ils sarclent tes corolles,
Arrachent tes livrées, et puis tes auréoles,
Méprisant tes beautés, pétales adorables,
Voilà qui me serait l'outrage intolérable !
Blanche rose de pourpre aux blondeurs léonines,
Sanguine flore solaire aux pâleurs de l'hermine,
Contourée de neige et du bleu de l'espoir,
France ! Pour toi, Montjoie ! Au combat, jusqu'au soir...
~ H. Lefort