Le palais du Soleil fait de sveltes colonnes,
Brille de mille feux des éclats du pyrope,
D'ivoire, or et argent, il demeure et rayonne,
Surplombant les éthers par d'augustes métopes.
Phaéthon, fils d'Hélios, mais peinant à le croire,
De l'aveu de Clymène entend bien vérifier,
Si cette filiation est vraie ou illusoire,
Gravit alors la voie jusqu'au palais doré.
Son père le reçut, coiffé de sa couronne,
Phaéthon se fige dès lors qu'il l'aperçoit,
L'éclat vif, aveuglant, d'Hélios sur son grand trône,
Le contraint à l'arrêt, et au silence froid.
Devant le mutisme de son bien jeune fils,
D'un ton très solennel, s'adresse alors à lui :
« Phaéthon, fils aimé, par quels heureux auspices,
Es-tu venu me voir, et par quelles envies ? »
« Ô père, vifs rayons, lumière de ce monde,
Si je suis bien ton fils, si tu es bien mon père,
Toi qui par ton aura éclaire terre et onde,
Prouve-moi, je te prie, l'ascendance solaire. »
Le Soleil reconnaît Phaéthon son enfant,
En guise de preuve, lui fait une faveur,
Et sur les eaux du Styx il promet en jurant,
De tenir sa parole, engageant son honneur.
À ces mots, Phaéthon, trop jeune et trop zélé,
Demande de pouvoir conduire un jour durant,
L'immense char solaire aux beaux chevaux dressés,
Enivré par le don de l'antérieur serment.
Hélios se met alors à regretter ses dires :
« Mon fils, ta volonté est très loin d'être sage,
Pas même Jupiter ne pourrait le conduire,
Que ferais-tu alors, faible et peu mûr en âge ? »
Il avertit son fils des périls de ce vol,
De la difficulté que porte ce périple,
Des tourbillons du ciel, de l'attraction des pôles,
Face à ces embûches, les dangers sont multiples.
Phaéthon persiste, réitère son vœu,
De diriger le jour le char de Sol son père.
Devant l'obstination de son fils désireux,
Hélios accepte alors, confie son char solaire.
Il conduit Phaéthon jusqu'à son char doré,
Celui-ci, majestueux, est tout d'or recouvert.
Sur son joug et ses flancs, de pierreries ornés,
Qui reflètent partout les rayons de lumière.
Hélios prépare ainsi son fils pour sa mission,
Enduit son visage d'une essence magique,
Sur sa chevelure, dispose des rayons,
Ne pouvant l'arrêter dans son dessein tragique.
L'obscurité s'échappe et l'Aurore approchant,
À présent c'est l'heure, pour le fils intrépide,
De s'emparer du char et partir sur-le-champ,
Il s'y installe alors et en saisit la bride.
Les quatre grands chevaux s'élancent fièrement,
L'attelage ; Pyrois, Éoiis, Éthon, Phlégon,
Hennissent tous en cœur et d'un pas bondissant,
S'envolent dans le ciel, courent à l'horizon.
Le jeune conducteur étant bien trop léger,
Le char n'avait donc plus sa masse habituelle,
Les chevaux sont alors perdus, désorientés,
De mouvements confus galopent dans le ciel.
Phaéthon s'affole, tire en vain sur les rênes,
Mais la trajectoire devient plus chaotique,
Les chevaux fendent l'air dans une course vaine,
Devant l'impuissance du jeune homme en panique.
Les astres réchauffés par cette course ardente,
Parmi eux figurent les étoiles du Nord,
S'avisent de plonger dans la mer apaisante,
Pour tenter d'y trouver un frisquet réconfort.
Des monstres imposants apparaissent soudain,
Terrifiant Phaéthon, ces animaux divers,
Dont un large Scorpion crachant son noir venin,
Font du ciel azuré un horrifiant bestiaire.
Phaéthon lâche prise en échappant les rênes,
Le quadrige d'Hélios fait fi de tout contrôle,
Virevolte au hasard dans les airs et se traîne,
Faisant des soubresauts, tantôt plonge ou s'envole.
Les forêts s'embrasent dans un torrent de flammes,
La Terre s'assèche, rougissant réceptacle,
De l'Olympe à l'Athos se joue un ardent drame,
Les terres sont en proie à ce triste spectacle.
La mer perd en volume et son eau s'évapore,
Neptune est impuissant devant cette chaleur,
Des îles inconnues se révèlent alors,
Laissant un paysage inspirant la stupeur.
La Terre calcinée implore Jupiter.
Il rassemble les dieux pour que ce feu s'arrête,
Et suite à leur accord, même d'Hélios le père,
Il foudroie Phaéthon, mettant le char en miettes.
Phaéthon est frappé par la foudre violente,
Sa chevelure en feu dans le ciel apaisé,
Esquisse une traînée comme font les étoiles,
Qui filent à tout va dans la nuit tamisée.
Son corps carbonisé plonge dans l'Éridan,
Alors les Naïades lui octroient un tombeau.
Bien qu'il ne parvint point dans son but haletant,
Phaéthon est tombé d'un courage si beau.
~ Alexandre